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Anaximandre, l' Apeiron ... et le vide quantique

Anaximandre et l' Apeiron.

Philosophiquement, au niveau de l'imaginaire des idées archétypales fondamentales qui réapparaissent en permanence depuis que homo sapiens ( et peut-être d'autres branches d' Homo ) s'est doté d'un langage permettant de manipuler en les stabilisant suffisamment des représentations mentales conscientes abstraites mais cependant plus ou moins communicables et discutables en commun par les individus, on peut comprendre assez facilement qu'une certaine idée de l' "origine de toute chose", précisément à cause du projet d' en étendre la validité à "tout ce qui existe" et à "tout ce qui peut être pensé" , etc. conduit à une forme d' "objet de pensée" qui tout en étant supposé conserver sa propre "identité", au moins dans la pensée et dans l' étiquetage, est cependant posé comme n' ayant aucune caractéristique ou propriété particulière puisque posé comme distinct de toutes les particularités dont cependant on présuppose la nécessité pour "expliquer" toutes ces particularités différenciées. Ainsi l'idée  de l' "Apeiron" dont on pense qu' Anaximandre a proposé l' usage philosophique .

Chaque pensée qui fait l' expérience de pensée de ce type de recherche de cohérence réflexive, aboutit à cette double contrainte, d' avoir à penser un "objet de pensée" dont pourtant par ailleurs on postule l' aspect "impensable", donc une entité "paradoxale", qu'on pose ( donc comme simple corrélat "réel" supposé d'une étiquette langagière ) comme étant cependant par définition sans aucune des caractéristiques dont on suppose pourtant que cette entité serait le "support" ou la "substance" commune "derrière" ou "avant" ou "sous" la diversité des particularités des "étants" et des différentes "modalités" de l' "être".

Au début du XXème siècle , la "crise du fondement des mathématiques" a fait clairement apparaître au niveau formel, les difficultés liées à de tels "objets paradoxaux", comme " l'ensemble de tous les ensembles" . Évidemment , dans un formalisme logico-mathématique, TOUTES les entités manipulées sont des éléments déterminés d'un "langage formel", construit sur la base d'un "vocabulaire d' éléments atomiques" et de règles de dérivation des "formules" constructibles. Ce qui malgré les difficultés rencontrées par les experts de ces disciplines finit par construire des "théories" scientifiquement acceptables par la "communauté scientifique".
Voir aussi : "En quoi la crise du fondement des mathématiques est-elle terminée ?"

Au niveau proprement philosophique, une telle contrainte formaliste sur les "symboles langagiers élémentaires" est elle-même exclue, ( sauf dans des essais de "formalisation axiomatique" de certains aspects restreints de questions philosophiques ) . L' indétermination sur les "référents" d' objets de pensée paradoxaux" est alors doublée d'une indétermination et d'un "flou" important concernant le langage même qui est utilisé pour en parler et pour y "penser"...
La question même des types de langage acceptables en philosophie est une question ... philosophique dont l' évolution dépend de l' interaction de tels langages existant  ( "langues naturelles" ou langages  formels , ou systèmes symboliques divers ... artistiques, littéraires ... ) ou ... à inventer.

On constate alors rapidement une interférence permanente entre la dimension "réaliste" et la dimension "idéaliste" toujours en tension dans la pensée et notamment lorsque la réflexion philosophique elle-même met le doigt sur cette tension en s'y tendant elle-même ( Un épisode fameux en a été au Moyen Age la "querelle des universaux" )  : comme dans les figures auto-emboîtées d' Escher, la question de l' inclusion réciproque des "idées" dans le "réel" et du "réel" dans les idées s'y repose toujours à nouveau : un "réel" sans  "représentation du réel"  est précisément ... impensable : l' "impensable" est une pensée parmi les autres ... et le "néant" EST censé correspondre "effectivement" à une "absence réelle" , etc. . Les triades du genre "Réel Imaginaire Symbolique" comme chez Lacan ne "résolvent" pas les apories de telles mirages de l' imaginaire, sauf à les "trancher", soit par la brutalité du "réel" qui fait tout ce qu'il peut, qui est nécessairement ce qu'il est ..., ou à invoquer un "arbitraire symbolique" , qui ne "vaut" que pour ceux qui y sont déjà "soumis" ...

Certes on peut toujours penser que ces contradictions n' apparaissent que dans la pensée, et prouvent l' inadéquation de toutes nos pensées avec un "réel" dont on supposerait a priori qu'il ne peut - par définition - se contredire lui-même : "Le réel est ce qu'il est" ( "ré-férent" par excellence du principe d'identité : Réel=Réel ).
Mais comme on s' en aperçoit rapidement, ce que nous appelons "réel" recouvre toujours deux aspects très différents : soit ce qui nous apparaît dans une "expérience possible" ( les "phénomènes" kantiens ), soit ce que nous "pensons" simplement  être une permanence "subsistante"  "derrière les apparences" , soit comme "chose en soi" kantienne, soit comme structure d' "horizon", comme dans les analyses de l' "intentionnalité"  de tout notre rapport au réel tel que la phénoménologie husserlienne a cherché à le mettre en évidence.. Tout notre rapport au réel est donc en permanence pris dans cette tension entre un "réel subsistant mais absent de notre perception consciente immédiate" et une "présence réelle immédiate, mais "évanescente", qui constitue le tissu "temporel" de notre existence.

Dans la philosophie classique "moderne", c'est sans doute Hegel qui a cherché et su le mieux mettre en évidence ces tensions "contradictoires" dans la dynamique même de la pensée  jusqu'à en faire la vie même de la "dialectique", et comme on sait l' "identification" du "réel" et du "rationnel", en ce que les DEUX , le "réel" comme le "rationnel" sont pris dans cette tension et ce jeu de la "dialectique", où à la fois ils se "réfléchissent" ( "cartographie" réciproque ) et se poursuivent l'un l' autre dans une danse spiralaire.

Mais si dans l' élément propre de la pensée philosophique, ces questions se sont depuis longtemps posées, ce n'est que relativement récemment ( en particulier dans la physique du XXème siècle ), que cette question de la relativité interne entre "réel" et "pensée du réel"  s'est directement invitée dans les disciplines scientifiques "physiques". D'une part dans les théories de la relativité restreinte et générale et surtout d'autre part dans la physique quantique.

La nouveauté est alors en fait qu'on ( la "communauté scientifique" )  réussit de plus en plus  à "penser l' indéterminé" ... de façon déterminée, sans que cette "détermination de l' indéterminé" soit contradictoire.
De même que la complexité de l' organisation axiomatique des différents systèmes formels constructibles permet progressivement  de "lever" certaines contradictions paradoxales qui étaient apparues dans l' état des disciplines formelles logico-mathématiques au début du XXème siècle, la mise en évidence  de "principes de conservation" qui sont en même temps des "principes de symétrie", permet de penser de mieux en mieux l' "identité" de l' "être" et du "néant" au niveau du "vide quantique", dans la plus grande universalité possible des équations qui en décrivent la dynamique.

Mais, il est clair que la question d'une "Théorie du Tout" au niveau de la physique fondamentale, n'est toujours pas "réglée" ... si elle peut l' être.
Et la question de l' articulation des 4 interactions fondamentales reste donc  partiellement "indéterminée" ...


Notre rapport à l' "illimité"  ( ou à ce que  l' "apeiron" d' Anaximandre cherchait déjà à nommer ) , du côté du soubassement "originaire" du réel et donc de notre propre "apparition" consciente à nous-mêmes comme organisation complexe issue de ces interactions "quantiques", devient donc de plus en plus efficacement "contrôlable" à travers le dispositif techno-scientifique.

Les enjeux  des conditions "réelles" de la liberté sont donc ainsi progressivement bouleversés , et vont de plus en plus reposer sur nos propres décisions à vouloir rendre nos décisions conscientes "libres" ( éthico-politiques )  compatibles entre elles dans le contexte d'un tel contrôle amplifié de la "créativité élémentaire du réel".



 


Date de création : 13/07/2016 11:45
Dernière modification : 13/07/2016 11:45
Catégorie : AUTOORGANISATION
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